Extrait de Y. Roby (1990), P. 61 :
UN MILIEU DE VIE DIFFICILE
 En 1900, 573 000 Canadiens français vivent en Nouvelle-Angleterre. En moins d'un demi-siècle, ils ont créé des centaines de communautés dynamiques dotées d'un réseau institutionnel complexe. Les Petits Canadas, comme on les appelle, sont des créations progressives. Afin d'en comprendre la genèse et la nature, il importe de bien cerner les besoins auxquels ils répondent. C'est d'abord en étudiant la vie qu'y mènent les migrants ordinaires que nous y arriverons.
 
1. LE CADRE GÉNÉRAL

Les 573 000 Canadiens français représentent à peine 10% de la population des six États de la Nouvelle-Angleterre. Dans la partie sud de cette région, où ils sont majoritairement regroupés, non seulement ils ne représentent qu'une faible portion de la population totale mais ils ne constituent qu'environ un sixième de la population d'origine étrangère. Selon les États, les Irlandais y sont de deux à cinq fois plus nombreux. Ces statistiques globales peuvent donner l'impression d'une population dispersée et noyée au milieu d'éléments étrangers. Elles sont trompeuses.

 

TABLEAU 7
Pourcentage des Canadiens français, des Irlandais
et de tous les groupes ethniques par rapport
à la population totale en 1900

 
 
Maine
N.H.
Vt.
Mass.
R.I.
Conn.
Canadiens français 
8,40
18,01
11,84
8,80
13,08
4,11
Irlandais 
4,50
8,07
7,16
22,46
21,27
21,41
Tous les groupes ethniques 
28,73
40,90
34,20
62,16
64,12
57,29
Anthony Coelho, A Row of Nationalities: Life in a Working-Class Community: The Irish, English and French Canadians of Fall River, Massachusetts, 1850-1890, Thèse de Ph.D., Brown University, 1980: 102. Ces chiffres comprennent les Canadiens français nés au Canada et ceux qui sont nés aux États-Unis de un ou de deux parents nés au Canada.

 

On constate d'étonnantes variations régionales et locales. Bien que les Canadiens français forment plus de 90 % de la population dans certaines localités de la vallée de l'Aroostook, ils représentent tout juste 8,4% de la population du Maine. Même phénomène au Vermont: à peine 1 1,84 % de la population totale, mais ils sont 50 % à Winooski, 40 % à Vergennes, 25 % à Burlington et à Saint Albans. Plus au sud, on les retrouve dans les villes moyennes de 25 000 à 100000 habitants qui forment un large demi-cercle autour de Boston. Ils y sont parfois majoritaires, le plus souvent fortement minoritaires, comme à Fall River (32%), Lowell (26%), Holyoke (34 %), Worcester (13 %), New Bedford (24%), Manchester (40 %), Suncook (60%), Nashua (40%), Woonsocket (60%). C'est ce que montre le tableau suivant:

 

TABLEAU 8
Population canadienne-française de quelques villes
de la Nouvelle-Angleterre en 1860, 1880 et 1900

 
Villes
1860
1880
1900
Maine       
Lewiston-Auburn 
0
4 714
13 300
Biddeford-Saco 
667
4 301
10 650
Waterville 
470
1 548
4 300
Old Town 
323
852
3 000
New Hampshire       
Manchester 
442
7 753
23 000
Nashua 
248
3 248
8 200
Berlin 
13
423
3 000
Vermont*       
Burlington     
5 000
Winooski     
2 900
Massachussetts       
Fall River 
10
9 000
33 000
Lowell 
266
10 000
24 800
Holyoke 
165
6 000
15 500
Worcester 
386
3 500
15 300
New Bedford 
0
1 007
15 000
Lawrence 
84
2 500
11 500
Fitchburg 
48
500
7 200
Salem 
1
2 000
6 900
Springfield 
68
2 446
6 500
Southbridge 
573
3 200
6 027
Haverhill 
91
1 500
5 500
North Adams 
-
1 011
5 000
Chicopee 
88
2 022
4 200
Rhode Island       
Woonsocket 
794
5 953
17 000
Providence 
25
1 000
8 000
Warwick 
307
2 276
7 700
Central Falls 
-
1 895
6 000
Pawtucket 
45
824
5 200
Connecticut       
Waterbury 
1
1 000
4 000
Ralph D. Vicero, Immigration of French Canadians to New England, 1840-1900. A Geographical Analysis, Thèse de Ph.D., Université du Wisconsin, 1968: 289.

*William Macdonald, " The French-Canadians in New England,", dans Madeleine Giguère, dir., A Franco-American Overview, vol. 3, New England, Cambridge, National Assessment and Dissemination Center for Bilingual/Bicultural Education, 1981 6. Les données sont pour l'année 1897.

 

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